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France : le dur questionnement sur les Intercités
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Barbara Dalibard, la directrice de SNCF Voyageurs a beau le souligner : « l’entreprise reste attachée aux Intercités », qui peut vraiment encore y croire ? Replaçons le décor : après les rapports costauds de la Cour des Comptes au sujet du TGV français, ce mois de mai 2015 fût celui des Intercités. Ce mot désigne en réalité le terme très administratif de "Train d'Equilibre du Territoire", dont la consonance jacobine ne fait aucun doute, comme toujours en France. De quoi s'agit-il ?

Elle peut, mais ne veut pas
Rappelons que la SNCF est actionnaire du privé autrichien Westbahn, ainsi que sur tout le continent européen à travers Keolis. Par sa présence aux Conseils d’administration, elle a accès aux différents business model de ses voisins. Elle sait ce qu’il est possible de faire pour tous ces trains qui roulent plutôt bien. Alors ? Il faut regarder du côté des pratiques, voire des idéologies ambiantes en France. L’ancien RFF avait déjà pu mettre fin à ces blancs-travaux en pleine journée, provoquant une grogne sociale chez certains habitués de la voie, qui ont dû passer en service de nuit.

Osons le dire : le concept Intercity, un train par heure sur les grands axes entre villes de +/- 100.000 habitants, n'a jamais été porté par la culture française, très « centralo-parisienne ». Le concept est pourtant d'application chez tous les voisins de la France, excepté peut-être l'Espagne. La SNCF des années 80 et 90, c'est avant tout l'expansion du TGV qui semble être le futur affirmé des liaisons interurbaines, entendez à partir de Paris. Le réseau élague peu à peu les grands "Corail" d'hier, les Paris-Nice ou Paris-Irun qui mettaient une petite journée pour effectuer le trajet. A l'étage inférieur, la SNCF poursuit l'expansion des TER, les Trains Régionaux Express, autrement dit les omnibus, chargés de diffuser, avec l’argent des Régions, la clientèle débarquant du TGV dans les grandes gares. L'idée semble claire et logique. Sauf que le TGV, d'une part, ne va pas partout en dépit de ses 200 destinations, et que d'autre part, certains TER désignés "régionaux" effectuent des trajets de 200 à 300 kilomètres, comme par exemple sur Toulouse-Hendaye. Du coup, il manquait une définition claire entre le régional et l'interrégional. Le TET devait faire la différence ; il n'y arrivera pas. Pourquoi ? 

Ces « Corails » omnibus…
Certains TET s'arrêtent parfois beaucoup, les transformant de facto en "TER" locaux. Une aubaine pour les régions, qui ne payent pas ces trains, à laquelle s'ajoute une funeste mode culturelle bien française : celle du Paris-Province qui doit toucher toutes les sous-préfectures, ne fusse que par un train par jour. La SNCF a toujours eu cette politique du train lourd, long mais rare, voire unique, style Paris-Millau ou Paris-Longwy. Les correspondances ne semblent pas faire partie de cette culture pour un tas de raisons dont se sont débarrassés les voisins depuis belle lurette. Toujours est-il que l’ancien « Corail » est mal à l’aise entre le créneau TGV et TER. Et il est déficitaire.

A l'origine, les recettes du TGV subventionnaient les services classiques sur lesquels on maintenait une qualité de service plutôt minimaliste, décliné en Teoz ou Lunea (nocturne). Comme le rappelle Slate en 2013, avec l’obligation pour la SNCF de parvenir à équilibrer ses comptes, la péréquation interne devint un casse-tête pour l’opérateur public obligé de faire face à des services déficitaires dont ses concurrents potentiels n’auraient pas la charge. Et les voyageurs du TGV devenant de plus en plus sourcilleux à l’annonce des augmentations tarifaires, cette péréquation devint de plus en plus difficile à réaliser. Le sauvetage de lignes destinées au désenclavement territorial pour quelque 100.000 voyageurs quotidiens passa alors par l'intervention de l'Etat, en identifiant une quarantaine de lignes élevées au rang de ligne d’équilibre du territoire. Le "TET" était né, sans grande logique à long terme si ce n’est de rassurer le peuple qu’on ne l’abandonne pas...

Comme l’Etat doit faire des économies, l’astuce toute trouvée du rapport Duron cuvée 2015 est de prôner un transfert de certaines lignes TET vers les TER, donc à charge des Régions. Ces dernières se méfient grandement de l’argent qui risque de ne jamais venir, devant déjà payer les nombreux TER qui sont à leur charge. On imagine même de « bussifier » certains grands axes, comme Lyon-Bordeaux. 

Et maintenant ?
Le rapport Duron n’est qu’une énième pièce à verser sur une étagère. En dépit des commandes de matériel prévues pour 2017, on peut douter que l’optimisme soit de mise pour les Intercités. L’agitation est avant tout politique, pour conserver le lien maternel entre les sous-préfectures et la capitale. Au-delà de cela, aucun plan d’un train par heure, plus léger, et ne s’arrêtant qu'à certaines gares importantes. Capable du Ouigo, la SNCF doit opérer un changement de cap majeur. Les autrichiens l’ont magnifiquement démontré avec leur Railjet, eux-mêmes concurrencés par Westbahn, où est présente la SNCF. Pourquoi une idée analogue serait impossible dans l’Hexagone sans devoir éternellement ponctionner le contribuable ? Il est urgent de réagir autrement que par des idées du passé. Quoiqu'en pense la rue...


Remontée d'un TER emmené de manière exceptionnelle par une 8630 "Fret", de passage à Le Vert-de-Maisons (photo de Nelson Silva via flickr CC BY-SA 2.0)

A lire aussi sur transportrail.canalblog : TET : le rapport Duron

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On prend très peu le train pour partir en vacances
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16/04/2015

Lire aussi : Trains et vacances, les ratés du transfert modal


Ce n’est pas vraiment scientifique, mais cela montre une réalité certaine. GoEuro est un moteur de recherche de voyages qui permet aux utilisateurs de comparer le prix et le temps de trajet en aérien, ferroviaire et en bus. Régulièrement, cette société de Berlin fournit des enquêtes sur les habitudes de consommation de voyage en Europe. La dernière en date et relatée par l’Echo (BE) montre la part modale de l'avion, des voitures, des bus et des trains, comme le montre le graphique ci-dessous. On peut voir que, comme on pouvait s'y attendre, le chemin de fer est globalement le dernier choix des voyageurs.

Sources GoEuro, graphisme, L'Echo (BE)

GoEuro différencie trois types de voyage: la visite familiale, les vacances et les voyages d’affaires. Sans surprise, les vacances sont le secteur le plus pauvre du rail, pas vraiment parce que de nombreux trains de nuit ont disparu, mais parce qu'il y a la nécessité pour de nombreux vacanciers de se déplacer pendant leur séjour et d’avoir sur place un véhicule. La visite de la région fait partie de vacances et la location de voiture reste pour la plupart des gens une option très coûteuse. Deuxièmement, les meilleurs lieux de vacances ne sont jamais implantés le long de la voie ferrée ou face à une gare. Personne ne veut vivre des vacances gâchées par le bruit des trains! Troisièmement, certaines contraintes sont mieux acceptées lorsque le voyage est effectué par avion plutôt que par les chemins de fer (poids des bagages, une sédentarisation plus forte à l'hôtel, excursions programmées  et encadrées...). Enfin, les prix de l'avion sont aujourd'hui relativement moins chers que les meilleurs prix ferroviaire et les avions emmènent  les touristes vers de nombreuses destinations lointaines avec ensoleillement garanti. Dans ce contexte, la mauvaise utilisation du train pour les vacances n’est pas une surprise, on en avait déjà parlé.

La même analyse peut être effectuée avec le secteur familial. Combien de personnes ont précisément un membre de la famille qui vit près d'une gare ? Beaucoup de gens ne veulent pas regarder leur montre toutes les demi-heures ni raccourcir la visite pour prendre le dernier train. Certains itinéraires prennent le double du temps par rapport à la voiture, particulièrement le week-end, ou sont tout simplement impossible en train. C’est la raison principale de la mauvaise utilisation du train pour des raisons privées.



Le troisième secteur semble mieux se tenir. Et ce n’est pas non plus une surprise. Les clients d'affaires occupent  une place importante dans le marketing ferroviaire moderne. Pour au moins une bonne raison: les revenus de ce marché. Les tickets ne sont en effet pas payés individuellement, mais par l'employeur. Les tarifs les plus chers semblent beaucoup moins effrayants parce que le service est à la hauteur du secteur des voyages d'affaires, avec le café ou repas inclus. C’est ce qui a fait le succès d'Eurostar, de Thalys, de l'AVE espagnol ou de NTV-Italo, pour ne citer que ces exemples. C’est la raison des bonnes parts de marché maintenues dans ce secteur où Eurostar détient, par exemple, plus de 75% de la part modale entre Londres et le continent.

Conclusion temporaire : les chemins de fer ne sont pas les premiers et deuxième choix pour voyager, mais le dernier. Certes, la SNCF s’est penché sur ce problème à travers une nouvelle stratégie dite "porte-à-porte», mais qui ne semble pas abordable pour tout le monde. Certes, en période d'affluence, les trains sont complets et on s'en réjouit. Certes, le public ferroviaire est surtout une clientèle individuelle, quand quelqu'un attend à l'arrivée. Mais malgré cela, il ne faut pas s’attendre à un meilleur transfert modal dans les prochaines années ...

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Cannes : appartements vue sur mer et TGV au sous-sol
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06/04/2015

Lire aussi : Trains et vacances, les ratés du transfert modal

Depuis combien d’année nous bassine-t-on les oreilles avec le transfert modal ? Et quels sont les griefs reconnus quand on prend le train ? Tout le monde le sait : impossibilité du porte-à-porte, pas de véhicule disponible à destination hors location, et puis…tout le monde n’habite pas, ni même n’a envie, de vivre ou de passer des vacances à côté du train. Le grand rêve ? Prendre son train et atterrir quelques heures plus tard directement sous l’appartement de séjour, sans prendre un taxi ou bus, quand cela existe. Aucun exemple de ce type n’existe à ce jour, si ce n’est quelques logements/hôtels judicieusement placés face à une gare, souvent sans grande qualité. Et pourtant….

Sur la côte d’Azur, à 10 minutes de la Croisette, il existe entre Cannes et Mandelieu, une emprise ferroviaire avec vue sur plage, palmiers et méditerranée : c’est le site de Cannes La Bocca, une gare marchandise datant de 1880 et destinée de nos jours au garage des rames SNCF et au petit entretien. Il n’est jamais venu à l’idée à la « grande maison » de valoriser ses terrains situés aux pieds des plages ! Oh si, il est certain que de nombreux promoteurs ont déjà eu l’idée de racheté ces terrains. Mais…



Le vrai transfert modal
Dans le cas présent, la SNCF dispose d’un terrain en or pour promouvoir un véritable transfert modal. En recouvrant, et en reconfigurant le site où l’espace ne manque pas, on peut non seulement y construire sur dalle un ensemble immobilier prestigieux, mais il est même permit d’y faire sous la dalle une simple gare destinée non seulement au TER PACA mais aussi aux TGV de toute la France et de l’Europe. Le hall de gare serait aussi celui des commerces et des ascenseurs menant en direct aux appartements, dont tous auraient une fabuleuse vue sur la baie de Cannes. Pour faire court : appart avec vue sur mer reliés par TGV. Qui dit mieux ?...La Bocca conserverait son atelier de lavage et de garage des trains en suffisance, le site étant de nos jours surdimenssioné. Les appartements ne seraient pas à vendre mais à louer, et réservés à la seule clientèle ferroviaire. Un article de 2012 de Nice Matin en parle, mais une fois de plus, on y cause que d'une modeste gare TER. Va-t-on enfin avoir de l'ambition avec un tel site ? 

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SNCF : le modèle TGV durement égratigné par la Cour des Comptes
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27/10/2014
Voilà ce qu’on appelle un brulot :  la sortie le 23 octobre passé d’un rapport de la Cour des Comptes intitulé « La grande vitesse ferroviaire : un modèle porté au-delà de sa pertinence » égratigne comme jamais le modèle du tout TGV en vigueur à la SNCF depuis plus de trente ans. Justifié ? Analyse…
La bataille du CO2
Les 50 pages du premier chapitre taclent toute une série d’arguments que l’on entend souvent prononcer dans les cénacles politiques. Y sont passés en revue le modèle français, les exemples étrangers, la part du TGV dans les déplacements et le bilan économique et environnemental. Ce dernier point cristallise une opposition des points de vue puisque le CEO de la SNCF fait remarquer (p.159) qu’il lui parait que « les points de vue exprimés dans le rapport ne reposent pas sur des études et des méthodologies d’analyse suffisamment documentées et solides ». Il est exact que l’affirmation (p.41) qu’une LGV est un projet peu efficient pour l’environnement, a de quoi interpeller ! Donnerait-on là des gages à la route ? Comme le débat sur le CO2 induit directement des actions de politiques gouvernementales (taxation, péage, écotaxe…), on ne s’étonne guère de la passe d’arme qui agite cette thématique au plus haut niveau…
Les chiffres ? Secret défense…
En revanche, le rapport confirme une évidence soigneusement occultée quant à la fréquentation, le public visé et les motifs de déplacements. D’une part, le rapport pointe le manque de données disponibles, objet d’une interprétation différenciée entre la SNCF et la tutelle étatique car la divulgation des chiffres toucherait le cœur confidentiel de la société ferroviaire dès l’instant où n’existe pas, dit-elle, un cadre de protection des données suffisamment robuste, surtout avec la perspective d’une éventuelle concurrence future. On doit donc se contenter de ce qu’il y a de global, où le rapport nous apprend que le TGV ne concerne que 7% des voyageurs mais tout de même 61% des voyageurs-kilomètres. On y apprend aussi que le parcours moyen est descendu de 600 à 450km en une quinzaine d’années, du fait de la multiplication des dessertes et des gares touchées.
Un paragraphe revient aussi sur l’apport du TGV sur l’économie régionale, une des grandes unanimités qui soude le monde politique. Cet apport est mis à mal et avait déjà été commenté à cet article, au niveau universitaire, et la Cour ne fait ici que confirmer.

(photo Next generation _via Flickr_CC BY-NC-ND 2.0)


Coûteux TGV sur ligne classique
Ce qui nous mène à un constat qui va faire du bruit : les dessertes à rallonge sur le réseau classique où la SNCF paie un péage important alors que les rames se vident, par exemple sur le réseau breton ou en Languedoc-Roussillon. Les rames de TGV desserviraient ainsi 230 destinations et passeraient 40% de leur temps en moyenne sur les lignes classiques. Or on touche là au cœur du système TGV : il roule à grande vitesse sur infrastructure propre mais aussi sur ligne classique à vitesse… « classique ». C’est un point essentiel de la politique commerciale de la SNCF, le « train direct » sans rupture de charge, chère à toute une clientèle bardée de bagages et d’habitudes. La correspondance avec un TER, fusse-t-il climatisé et rapide, respire encore toute l’horreur chez beaucoup de clients, très méfiants. Et certaines associations d'usager reprennent en cœur ce credo.
« Le confort d’un trajet sans rupture de charge doit être mis en balance avec des taux d’occupation plus faibles et la mobilisation d’un parc important de rames coûteuses dès lors qu’elles ne sont pas utilisées à plein et à pleine vitesse sur l’ensemble de leur parcours » rappelle la Cour. Qui présente l’exemple japonais où le Shinkansen ne roule qu’en navette sur des liaisons dédiées, offrant un service à haut débit. C’est un peu ce que fait le Thalys sur Paris-Bruxelles ou les TGV cadencés sur Paris-Marseille.
En parlant des clients, le rapport semble se rapprocher du raisonnement du Ministre Emmanuel Macron qui avait maladroitement déclaré début octobre que « grâce aux autocars, les pauvres voyageront plus facilement ». Le TGV serait-il une affaire de riche ? Tout dépend de l’interprétation de ce qualificatif, sujet à polémique comme il se doit. Toujours est-il que les nouvelles modes sociétales comme le covoiturage ou le regain du bus longue distance ne sont pas à prendre par-dessus la jambe. Elles extirpent annuellement plusieurs millions d’euros tant à la SNCF qu’à la DB voisinne…

Qui détermine quoi ?
C’est le chapitre 2 qui nous définit les méthodes d’évaluation d’une LGV : approche à critère unique (monétaire) ou approche multicritères (englobant d’autres aspects comme la politique des transports…). On y apprend que la valeur monétaire du temps – gagné ou perdu – repose sur une étude du comportement des individus qu’il est difficile de synthétiser. Donc on prend une moyenne du coût d’opportunité du temps et on fait avec. Comme de plus la SNCF ne diffuse pas ses données de trafic…
A un autre niveau, le rapport fait état du phénomène « d’éviction », les ressources absorbées par une LGV n’étant ainsi plus disponible en suffisance pour le réseau classique. Cette politique du « tout TGV » est l’inverse de celle établie en Allemagne, dans des circonstances différentes il est vrai. La DB a toujours cru au réseau classique, d’autant bien que le trafic marchandise et régional y est fort abondant. Les lignes nouvelles germaniques n'ont donc été construites que là où ce fut strictement nécessaire. Et puis comparaison n’est pas toujours raison, comme entre la géographie des deux pays, sensiblement différente.

(photo Guy Buchmann via Flickr_CC BY-NC-ND 2.0)

L’emballement politique a conduit, dit le rapport, les toulousains à soutenir la LGV Tours-Bordeaux à condition de réaliser « sans délais » Bordeaux-Toulouse, avec appui réciproque des Aquitains. Cela a abouti à la signature de quatre protocoles d’accord ou d’intention entre l’Etat, RFF et les collectivités concernant le financement. Un point que dénonce la Cour pour qui « le processus décisionnel ne répond déjà que très peu à une rationalité économique ». Voilà qui va ravir les amateurs de débats sans fin et sans fond…

Les conclusions
En vrac : mieux intégrer la grande vitesse à la mobilité des Français, restreindre le nombre d’arrêts sur les LGV et les dessertes, faire prévaloir l’évaluation socio-économique des projets de LGV, concentrer en priorité les moyens financiers sur l’entretien du réseau, éviter les projets non rentables, prévoir un financement durable et un endettement stable dans le temps, etc.

Le rapport laisse sceptique sur certains points, comme l’empreinte carbone de la construction des LGV et le cantonnement des TGV sur les seules lignes à grandes vitesses, sans poursuivre au-delà vers de la desserte fine. Le remplacement par des bus sur certaines liaisons parce que les tarifs ferroviaires sont chers laissent tout de même songeur. cela a fait dire à Mediapart que la Cour avait pondu un rapport « biaisé » au bon moment pour briser de nouveaux tabous, prônant des recommandations « orientées », autrement dit libérales. Pour un média qui est tout sauf neutre, on passera…
Plus sérieusement, retenons comme l’a écrit Marc Fressoz, que ce sont les élus qui sont davantage pointé du doigt tandis que le nouveau message de la SNCF y est par contre encouragé. Lequel ? Celui d’actionner le frein au développement du TGV jusqu’aux confins de la France, un message qui passe forcément très mal auprès des Régions non desservies. Et pourtant, la dégradation des chiffres TGV ne permet plus toutes les illusions. Jusqu’ici, la SNCF a bénéficié des restrictions législatives qui s'appliquent aux autres transports concurrents, notamment les bus « grandes lignes ». Mais le vent tourne, et c’est l’argent et la concurrence modale qui dicteront demain l’architecture future du réseau.

A vrai dire, le retour des gains d’efficience et de productivité seront probablement aussi à trouver en interne, du côté de l’exploitation du système et de ses coûts de production, considérés comme élevés. L’expérience « Ouigo », pour l’instant encourageante mais toujours pas promise à grande échelle, semble montrer la (bonne) voie. On pourra ainsi atténuer l’effet « d’éviction » et réinvestir dans le réseau classique.

Le rapport de la Cour des Comptes en ligne à ce lien 

A relire : la proximité plutôt que la grande vitesse

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Pourquoi le train coûte-t-il si cher ? 
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05/10/2014

Jusqu’ici, et certainement encore demain, le ferroviaire restera essentiellement une variable d’ajustement des trésoreries publiques. En cause : le fait que l’infrastructure n’est utilisée que par un seul opérateur étatique à qui on incombe une série de « devoirs » en dehors de tout cadre économique viable. L’Etat ayant la main sur les deniers du contribuable, c’est lui qui décide de ce qui est bon ou pas pour le chemin de fer, même s’il agit par le biais d’un contrat de gestion. La tentation est grande alors pour les compagnies publiques d’aligner une série de lignes ferroviaires déficitaires et d’en proposer l’arrêt de l’exploitation pour assainir les finances. Cette situation perdure depuis la naissance du rail avec en prime un mode fonctionnement très onéreux hérité des années 30, où toute réforme se heurte encore, en 2014, à des protestations véhémentes. Le rail est un instrument qui coûte cher pour ce qu’il rapporte: de 6 à 10% de part modale pour le transport voyageurs, soit de 8 à 9 européens sur 10 qui ne prennent jamais le train ! Comment justifier de telles dépenses ? Certains le font en y ajoutant le bénéfice social apporté et en dénonçant la distorsion du calcul des coûts réels avec la concurrence routière notamment. Fort bien, mais commençons par le commencement…

Le nouveau tunnel portuaire du Liefkenshoek, à Anvers (photo Mediarail.be)

La notion de service public
Dans sa définition, le service public est l’ensemble des activités ayant un intérêt général pour qu’elles soient accessibles au plus grand nombre. On notera que « au plus grand nombre » ne signifie déjà pas « tout le monde », et c’est particulièrement vrai pour le réseau de  chemin de fer qui ne peut avoir une couverture totale de l’ensemble du territoire nationale,  à l’inverse de l’eau ou de l’électricité. Il y a donc ceux qui sont proches du train, et d’autres qui en sont fatalement éloignés. Contrairement à ce que martèlent à longueur d’année les idéologues, un service public  non régalien peut être délivré tout autant par des acteurs et établissements publics (sociétés de transport SNCF, SNCB, CFF, …) que par des acteurs privés (par exemple des associations, des entreprises…). C’est particulièrement vrai quand il s’agit d’en trouver des sources de financements, objet de ce billet. Le cadre ferroviaire offre par ailleurs une interrogation intéressante sur la notion : qu’est-ce qui serait davantage « service public » entre l’infrastructure et le service des trains ?  C’est à la politique d’apporter la réponse. Or ces 40 dernières années, on a constaté un sous-investissement dramatique dans l'infrastructure selon une croyance qui stipule que c'est avant tout le service des trains qui prime, quelque soit l'état des rails. Une myopie politique lourde de conséquence...

Pourquoi le réseau coûte si cher ?
On le rappelle sans cesse, les infrastructures de transport sont chères, mais d’une grande utilité économique. La nature de l’intensité capitalistique liée à la construction des voies ferrées et au matériel roulant représente des coûts irrécupérables qui créent des conditions spéciales pour l’équilibre des prix des transports. La structure du marché des services de chemins de fer a ainsi abouti à des types de coûts comprenant des coûts irrécupérables de construction (la voie), des coûts fixes très élevés pour l’exploitation (maintenance de la voie + le service des trains) et enfin des coûts variables qui dépendent du service produit.  Mais pourquoi l’infrastructure ferroviaire est-elle si chère au kilomètre ?

Prenons une ligne en construction. C’est qu’au-delà du génie civil, qui est analogue au réseau routier, la voie ferrée comporte en sus un grand nombre d’éléments technologiques fabriqués sur mesure et souvent en faible quantité, d’où des prix industriels astronomiques pour peu de choses. Qu’y-a-t-il de plus par rapport à une simple route ?

coupe type d'une voie ferrée complète, version Infrabel (BE) (dessin par Mediarail.be)

- en gris, la plateforme, l’élément de génie civil le moins ferroviaire et très semblable à une route. Paradoxalement, c’est aussi le poste le plus cher. En cause, les ponts, le béton éventuel, et le fait que les pentes sont plus limitées pour le ferroviaire, ce qui augmente l’importance des talus, ou inversement des tranchées.
 - en bleu, les rails, soit de l’acier au prix fluctuant selon les années. Le ballast, qui maintient l’alignement de la voie, est un banal produit de carrière peu cher mais qui demande une certaine graduation. Les aiguillages sont des éléments complexes et coûteux également.
- la signalisation lumineuse, en rouge. Elle est obligatoire pour un mode de transport « vissé » sur ses rails où le risque de collision est grand s’il n’y a pas d’éléments de sécurité. Le trafic est donc sous surveillance permanente par commande à distance de signaux et aiguillages, via des cabines de signalisation, ce qui implique un tas de câblage et d’éléments techniques dans la voie pour le contrôle et l’exploitation, conçus sur mesure à des prix relativement élevés, que ne connait pas non plus le réseau routier. Une loge bourrée d’électronique (à gauche sur le dessin), contrôlant 4 signaux et deux aiguillages atteint facilement le million d’€ en fourniture et pose…
- non obligatoire si on s’en tient à une ligne diesel, la caténaire, en vert. Elle fournit l’énergie électrique nécessaire aux locomotives électriques par le biais d’une vaste câblerie posée par-dessus les voies. Outre une bonne consommation de bobines de cuivre, il faut compter les poteaux en acier, leur fondations en béton,  ainsi que l’apport d’énergie par des sous-stations électriques tous les 15 à 50 kilomètres, le tout fourni par une industrie électrique peu réputée pour ses prix low-cost…
L’ensemble additionné montre que le coût au kilomètre est évidemment supérieur à la route, mais il se relativise dès que la comparaison s’étend aux autoroutes, grandes mangeuses d’espaces.

L’exploitation et la maintenance : leurs coûts sont loin d’être négligeables. Deux domaines qui font l’objet d’une chasse à « faire mieux avec moins », par le biais d’une panoplie de mesures allant de l’identification correctes de l’usure et des défauts jusqu’à la manière de traiter les problèmes, en passant par le dimensionnement du matériel et du personnel nécessaire et à la négociation des prix de fournitures industrielles à l’aide de contrats cadres. Ce poste important, mais invisible du grand public, est cependant le premier visé dans le cadre des économies budgétaires. Et pour cause : il persiste une croyance que le plus important, c’est de faire rouler les trains. Le reste suivra. Et on sait comment cela s’est déroulé, il suffit de regarder en France et même ailleurs. Partout, la sonnette d’alarme est tirée.

Qui peut financer l’infrastructure ?
Avant tout la bonne volonté politique. On la trouve davantage au niveau local/régional qu’au sommet de l’Etat : les « gens du terrain » sont mieux armés pour appréhender les besoins réels en matière d’infrastructure. Mais la politique et l’idéologie en décident parfois autrement. Le financement du rail peut provenir de quatre sources : les compagnies ferroviaires elles-mêmes, les utilisateurs, les pouvoirs publics et des tiers. Détaillons cela :
Les compagnies ferroviaires
Elles paient l’infrastructure au travers du péage ferroviaire, ou d’un équivalent en cas de structure intégrée avec l’opérateur historique. L’italien privé NTV-Italo est crédité d’un péage de 120 millions d’€ par an à RFI, ce qui met en péril sa viabilité. Eurostar a versé 289 millions d'€ de redevance à Eurotunnel en 2013, sans compter les réseaux traversés. La petite SNCB doit fournir annuellement près de 800 millions d’€ à Infrabel pour gérer ses 4.500 trains quotidiens.

Un débat entre « experts finances » est toujours en cours pour savoir si c’est le coût marginal social qui prévaut, ce dernier dominant la scène professionnelle. Ou bien si c’est le coût complet. Ce ne sera pas l’objet de cet article et on s’en tiendra à une conclusion de 2008 de Rémy Prud’homme, professeur émérite à l’université Paris XII, s’agissant de la France « le problème des péages ferroviaires renvoie au problème des contributions publiques au transport ferroviaire (…) Ces contributions publiques sont considérables : la différence entre le coût économique du service rendu (plus de 20 milliards €) et le prix effectivement payé par les usagers de ce service (environ 9 milliards €) s’élève à plus de 10 milliards € par an, et cette différence augmente d’année en année. Elle est nécessairement payée par l’impôt ou par une augmentation de la dette - qui sera un jour elle-même payée par l’impôt. Cette contribution n’est pas forcément illégitime au moins dans son principe ; ce qui est peu légitime en revanche c’est de la cacher, pour mieux la nier, et ainsi la faire perdurer. Mais elle soulève deux questions, qui ne sont pas indépendantes. La première concerne son niveau : n’est-il pas excessif, et doit-on le laisser (ou le faire) croître indéfiniment ? La seconde question concerne son application : cette importante contribution doit-elle être versée au gestionnaire de l’infrastructure ou bien aux exploitants de l’infrastructure ou bien aux deux, et dans quelles proportions ? ». On ajoutera que la reprise sous holding de l’infrastructure et de l’exploitant historique ne change rien à ce qui précède. CFF Infrastructure perçoit chaque année 910 millions d’€ de redevance de ses utilisateurs, CFF Transport en tête, affirmant que ça ne couvre que 40% des coûts d’infrastructure ferroviaire de la Confédération…

Les utilisateurs
Un service public ne se limite pas à une accessibilité envers les plus précarisés : le chemin de fer n’est certainement pas à confondre avec l’aide sociale et tous les publics y ont un droit d’accès, moyennant paiement. Cela est essentiel pour la masse contributive des utilisateurs avec, si nécessaire et en vertu de l’existence d’une politique sociale gouvernementale, une contribution adaptée aux revenus ou aux charges du ménage (enfants, étudiants, carte famille nombreuse…). La couverture des coûts par ses seuls utilisateurs est très inférieurs aux dépenses totales, dépassant rarement les 50% de couverture dans le meilleur des cas, à quelques exceptions fournies par des services de haut niveau, et donc plutôt chers (Eurostar…). A la SNCF, le péage moyen TGV par billet est passé de 12 € en 2006 à 18 € en 2013,  représentant 37 % des coûts du TGV. Faut-il alors remonter le prix des tickets pour retrouver de bonnes marges ? Jusqu’où va l’acceptabilité du client dans le prix du ticket ? La question est politiquement sensible…

Les pouvoirs publics
Ils sont – et restent – les premiers à prendre en charge les coûts d’infrastructure, s’agissant d’un service public comme on l’a énoncé plus haut. Mais pas seulement : la puissance publique met également la main au portefeuille pour combler les déficits de la tarification sociale. Or le financement des trains, plus visibles électoralement, semble chez certains davantage prioritaire que l’infrastructure. En dépit d’un tas de conventions politiques signées sur le climat et le report modal, force est de constater que les allocations publiques sont toujours inférieures aux demandes ferroviaires. En coulisse, certains vieux routiers de la politique « soupçonnent » les montants parfois exagérés quémandés par les chemins de fer, qui tentent de tirer un maximum de sous à leur avantage, disent-ils.

Pour cette passe d’armes Etat/Chemin de fer, on prendra comme exemple financier le royaume du rail qu’est la Suisse. En 2009, les CFF avaient procédé à un audit externe du réseau faisant état de 703 millions d’€ de besoins supplémentaires par an, en sus des 1,223 milliards déjà prévus. Plutôt soupçonneux, l’Etat via son Ministère des Transports – l’OFT -  réalise une contre-expertise qui infléchit le montant supplémentaire à 413 millions d’€/an, en comblant certaines lacunes dans l’identification des installations inventoriées et en quantifiant substantiellement le potentiel d’optimisation et les gains d’efficience. Une négociation est en cours mais les CFF n’obtiendront pas tout l’argent voulu. En Belgique, le « Groupe SNCB » avait demandé près de 40 milliards d’€ pour le plan d’investissement 2013-2025. Il n’en n’a reçu que 26…

Extrait d'un document CFF Infrastructure. En rouge, les besoins supplémentaires (document CFF)

Des fonds provenant de tiers ?
C’est la formule qui fut retenue pour Eurotunnel, cas le plus extrême avec un financement 100% privé. Les dix premières années de démarrage furent un enfer commercial et le concessionnaire traîne une dette de 9 milliards d’€, mais il a pu se restructurer, sous couvert d’un tribunal, et engranger ses premiers petits bénéfices. Les PPP semblent trouver un certain écho mais ils restent réservés à des projets particuliers. Aux Pays-Bas, la LGV « HSL-Zuid » fût ainsi mise en concession tout comme Perpignan-Figueras. Dans ces deux cas, les trafics – et donc les redevances – ne sont pas au rendez-vous et contrairement à Eurotunnel, les Etats furent priés de passer à la caisse. Alors, quels privés oseraient prendre des risques ?

Il y a les banques, mais les nouvelles règles dites « Bâle III » rendraient les prêts moins attractifs et les risques trop élevés. Le milieu financier regarde plutôt les milliards de $ de capitaux logés dans des fonds de pensions, des compagnies d’assurance ou un tas d’investisseurs institutionnels. La longue durée de vie des actifs ferroviaires et certaines garanties sur le long terme (de l’Etat ?) peuvent attirer ces investisseurs. Mais en pratique, la complexité des projets et surtout, les risques politiques, freinent les investissements du privé. D’autant qu’aucun de ces investisseurs potentiels ne dispose d’une expertise ad-hoc pour mesurer les risques. Alors…

En définitive
Ces dix dernières années, on constate une contraction du réseau ferré de 3% mais une hausse de…32% du réseau routier au niveau européen. Le transport au complet fait à lui seul 23% des émissions de CO2, dont 17,25% imputable aux seuls transports routiers. Des coûts pas pris en compte et même cachés par les élites politiques car cela modifierait considérablement le calcul de la mobilité individuelle…et l’humeur des électeurs. On peut donc estimer que le train coûte très cher mais il faut remettre ces investissements dans le temps et dans un contexte plus large de mobilité et de réduction du CO2, plutôt que s’en tenir au simple coût kilométrique annuel. La politique a toutes les cartes et doit choisir dès lors qu’il s’avère que les élus régionaux ont une meilleure vue sur les besoins réels de leurs administrés que l’Etat central. Alors, qu’attendent ces élus ?

Des renouvellements indispensables, partout en Europe, ici en Autriche (photo Kecko via flickr CC BY-ND 2.0)

Il n’y a pas de recette miracle : il n’y a pas de bon service ferroviaire sans bonne infrastructure. D’une part il y a le coût de la voie ferrée, en construction ou renouvellement, plombé par le prix des industriels. D’autre part la topographie des lieux qui détermine des prix de construction variant entre 8 et 66 millions d’€ le kilomètre, que ce soit pour un TGV ou une ligne portuaire avec tunnel, comme à Anvers. En Suisse, on l’a vu plus haut, la maintenance courante demande 344.000 € par kilomètre, en moyenne (2009) et uniquement pour le maintien. De nos jours, des progrès immenses sont entrepris pour mieux détecter les défauts du rail par autorails spécialisés. Vient ensuite l’élimination du défaut, de plus en plus sophistiqué. Tout cela coûte mais on arrive au fur et à mesure à « faire mieux avec moins ».

Les pouvoirs publics sont responsables du corset législatif qui entoure le chemin de fer. Le transport étant une source de revenu à faible rendement, pourquoi ne pas inciter les gestionnaires d’infrastructures à s’étendre vers des activités plus rentables, comme l’immobilier ou les services ? Ainsi en est-il du Japon, où les revenus « trains » sont de l’ordre du tiers chez certaines compagnies holding. Mais d’autres pistes doivent être envisagées : l’indispensable réduction des coûts AVEC une élévation de la sécurité. Tout et son contraire, diriez-vous, mission impossible ? Pas du tout. Le lancement récent de l’entreprise commune Shift2Rail, initié par l’Union européenne que l’on critique tant, est justement destiné à établir un cadre de recherche ferroviaire pour diminuer le bruit, augmenter le trafic, faciliter l’accès, et bien d’autres choses. Le paquet mis sur la table est conséquent : près de 900 millions d’€. Pourvu que les mentalités suivent, chez les politiques…

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La proximité plutôt que la grande vitesse

L’analyse de Mediarail.be - Technicien signalisation 
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Coup dur pour les aficionados du TGV : celui-ci ne serait plus en odeur de sainteté en France après plus de 30 ans de croissance ininterrompue. Non pas que l’enthousiasme qui fit suite à septembre 1981 est retombée, mais surtout parce que la politique française ferroviaire fût clairement duale et que la fracture, aujourd’hui, prend une tournure politique sur fond de crise. Autopsie.

Le tout TGV
La SNCF des années 80 et 90 fût celle d’une époque, celle de François Lacote ou Jean-Marie Metzler, promoteurs du TGV à grande échelle dans une France qui bombe le torse en matière de technologie ferroviaire. Les directions qui se succèdent au gré des coalitions politiques vantent « LE » produit SNCF, celui qui permettra de la hisser au premier rang mondial. Dans le même temps, l’Hexagone se désindustrialise discrètement et les visionnaires ne débordent pas d’optimisme sur le secteur du fret, qui est largement sous-capitalisé.  A l’époque, la SNCF tance une DBAG moins engagée dans la grande vitesse, et l’historique montre en effet que la première période de la grande vitesse est davantage française que germanique.


La France à l'époque de l'expansion du TGV (photo cc flickr Marsupilami92)

Outre-Rhin, la désindustrialisation fût moindre et le pays se portait relativement bien, lorsqu’il dû avaler d’une traite les territoires et les populations de l’Est après 50 ans d’expérience communiste. La note fût salée, mais l’Etat repris toute la dette de la DBAG en échange d’obligations comme par exemple la fin des engagements statutaires et l’ouverture du réseau à quiconque.  La nouvelle DB, devenue DBAG (SA en droit français ou belge) adopta une gouvernance sous forme de holding dont nous avons déjà parlé dans un autre billet (1). Tout cela pour dire que le focus de la DBAG ne fût pas seulement la grande vitesse par le biais de son ICE, mais qu’elle se concentra aussi sur le trafic de proximité et le fret, lui donnant au fil des ans l’envergure dont elle dispose aujourd’hui. Preuve s’il en est : le rachat complet des branches frets danoises et néerlandaises, sous la bannière Railion d’abord, DB-Schenker ensuite. En matière de proximité, les S-Bahn d’antan se sont étendus et de l’ordre fût mis dans l’exploitation des « RE », train régionaux oscillant entre l’omnibus et le semi-direct.

On ne peut comparer la géographie de l’Allemagne et de la France. Si la première est parsemée d’un chapelet de villes grandes ou moyennes tous les 50 à 100 kilomètres, tel n’est pas le cas dans un Hexagone toujours centré sur Paris où les grandes villes sont distantes de 200 à 400 kilomètres. Le TGV point à point avait donc toute sa pertinence et la réussite du « système » a prouvé que c’est bien de cela dont avait besoin la France. Mais la politique du point à point centré sur Paris signifiait aussi une attention moindre portée aux correspondances. Ces dernières demeurent essentiellement des TER pour lesquels la SNCF ne porta son effort que sur le matériel roulant, renouvelé dans les années 90 et surtout 2000. La culture des «blancs travaux » rendit cependant caduque une politique d’offre et d’abondance. L’auteur de ces lignes peut encore témoigner d’une Côte d’Azur 2010 quasi sans train entre 10h30 et 12h00, en plein mois d’août alors que la région compte plusieurs millions de personnes, estivants inclus ! L’affaire aurait été résolue depuis, nous dit-on… Dans le même temps, de plus en plus de voix ont remis en cause les vertus du TGV sur l’économie régionale, dont on ne perçoit pas réellement ni le sursaut ni l’apport qui lui étaient pourtant promis (2).
La carte quasi actuelle du réseau LGV en Europe

D’autres priorités
Le basculement 2013, amorcé depuis 2007, vient surtout d’une nette dégradation du transport francilien, qui fait à lui seul une bonne partie de l’actualité ferroviaire. Ajouté à la crise des investissements et des deniers publics, le futur du rail français se conjugue par un recentrage sur le strict nécessaire d’ici 2030. La Commission 21, un organisme chargé de faire le tri dans les 245 milliards de travaux prévu dans le SNIT, a remis en juin 2013 ses priorités au gouvernement, qui devra faire – et assumer – ses choix. Le tout sur fond de recentralisation de la SNCF et de RFF et de l’adéquation de la gouvernance ferroviaire française avec le futur 4e paquet de la Commission européenne.

Début 2012, RFF a lancé avec le Syndicat des transports (Stif), la région Ile-de-France et la SNCF, un programme de modernisation des voies ferrées franciliennes de plus d'un milliard d'euros sur 4 ans, ce qui n’est pas rien dans le contexte actuel très difficile au niveau des finances publiques (3). De plus, les travaux ne concernent pas seulement la maintenance mais la régénération complète de certains tronçons, obligeant à adopter des baisses de vitesse temporaires et donc de fluidité des lignes de banlieues. Des nœuds importants comme Bordeaux ou Lyon bénéficieront également d’un rattrapage de 20 années de sous-investissement.  Est-ce la même chose ailleurs ?

Assurément oui. En Autriche, on creuse le Wildschweintunnel  sous Vienne pour relier enfin les réseaux ferrés de l’Ouest avec ceux du Sud, via une toute nouvelle gare Centrale en construction sur d’anciens terrains de celle…du Sud (Wien-Südbahnhof). La liaison bénéficiera à tous les trains, tant express que régionaux que marchandises. En Belgique, l’accomplissement du projet TGV dans le cadre des traités internationaux a été scellé en 2009, avec quatre lignes ouvertes à 300km/h. Exit donc les dossiers à grande vitesse et place à la proximité, avec la construction difficile d’un RER qui prend peu à peu sa place dans le paysage ferroviaire belge (4). En Italie, le réseau à grande vitesse TAV forme maintenant un « T » qui fait office d’accomplissement du projet, même si d’autres tracés sont encore en discussion. L’Espagne, prospère il y a peu et déconfite aujourd’hui, a accompli le plus gros kilométrage de grande vitesse nationale d’Europe. Ses gares préhistoriques, entièrement reconstruites, bénéficient maintenant aux Cernanias, les trains locaux ibériques. La Grande-Bretagne cumule la grande vitesse via le projet HS2 entre Londres et Manchester, avec trois projets majeurs de proximité dans la capitale : l’Overground (une boucle RER terminée), Thameslink (renouvellement d’un axe Nord-Sud) et surtout Crossrail, un nouveau tunnel Est-Ouest de Canary Warf à Heathrow.

L'Allemagne s'était déjà engagée dans le rail de proximité (Berlin-Hbf, photo cc flickr kaffeeeinstein)

Le début d’une nouvelle ère ?
Alors, exit la grande vitesse toujours qualifiée de prestige par certains grincheux ? Pas vraiment. Mais d’une part l’idée du couple auto + TGV s’évanouit au vu des difficultés grandissantes d’accès aux gares par voiture particulière. C’est aussi le constat d’une clientèle TGV plurielle dont une partie voudrait bien se passer de motorisation individuelle pour des motifs variés. C’est donc le grand retour des correspondances régionales/TGV adaptées, une idée cependant encore rejetée par une certaine clientèle armée de valises aux manipulations difficiles et très rétives aux correspondances, fussent-elles les meilleures.

D’autre part, l’idée funeste mais ô combien réelle du « TGV qui rapporte des sous » et du trafic banlieue qui « en perd quotidiennement » a enfin été compris par l’homme politique. Qui a pris acte de l’impossible recouvrement des coûts par les seuls tickets, et qui paye pour subventionner ! Avec des moyennes d’augmentation de la clientèle de 3 à 5% par an, le train de proximité bénéficie maintenant d’une attention particulière après trente années de dédain. Le développement durable est aussi passé par là et a traversé les têtes. Certains pays sont plus en avance que d’autres et se sont engagés dans de gros travaux. Une tendance de fond bienvenue, jusqu’à la prochaine révision du planning…

A propos du TGV : Eurostar


(1) A relire : la holding allemande, une solution pour ailleurs ?
(2) A relire : Effet TGV, impact mitigé : retour au réalisme ?
(3) Voir cet article, entre autres
(4) A relire : le RER bruxellois, des origines à aujourd’hui
L'option française de Mobilité 21(du 27 juin 2013) : lien vers le rapport et sa synthèse


Wagons et triages : lutter pour la survie

L’analyse de Mediarail.be - Technicien signalisation 

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Ce fut l’un des piliers du transport de marchandises par rail. Le wagon complet remis aux chemins de fer, qui transite d’une gare à l’autre via un triage, fût le principal type de transport qui fit la gloire des XIXème et XXième siècle.  Cette technique qui utilise de surcroit les embranchements d’usine fait face de nos jours à un questionnement quant à son avenir. Rien ne vaut dès lors un décryptage du passé pour comprendre la situation actuelle.

La technique
Une locomotive diesel collecte des wagons disséminés dans des entreprises qui ne fournissent chaque jour que peu de marchandise. Le convoi, jamais très long, se rend alors au triage proche ou lointain où d’autres trains locaux convergent également avec d’autres wagons complets. Triés par destination comme le montre le schéma ci-dessous, les wagons sont rassemblés en un long train qui parcourra de 100 à 1000 kilomètres vers un autre triage de destination. Dans ce dernier, le train sera « dégroupé », les wagons reclassés par destination A, B,… puis à nouveau une petite locomotive diesel emmènera les wagons destinés vers A, une autre vers B, … et ainsi de suite. Voilà pour la technique. Et d’aucun de se demander pourquoi elle n’est pas davantage mise en valeur.


Structure industrielle
Par le passé, on travaillait près de son usine, tout simplement parce qu’il y avait des usines partout. Les voies ferrées longeaient ainsi des chapelets d’entreprises, toutes dotées d’un raccordement ferroviaire privé de quelques dizaines de mètres. Quand ce n’était pas  le cas, une « cour à marchandise » permettait chargement et déchargement sur des camions. Ainsi vécu le chemin de fer à l’époque où il fut dominant. Et on prendra comme témoin cet extrait SNCB relatant les trafics de 1973 : « Les trois rubriques traditionnelles, combustibles solides, minerais et produits métallurgiques, alimentent toujours l’essentiel du trafic ferroviaire. Ensemble, elles ont représenté, en 1973, près de 75 % des tonnes transportées par wagons complets. Dans les gains de trafic réalisés, ces trois rubriques interviennent pour près de 80 % » (Source : Le Rail, août 1974). En clair, le reste du trafic diffus ne concernait que 25%. Nous ne reviendrons pas sur la situation industrielle actuelle, qui a largement été évoquée dans un autre post. Toujours est-il que le trafic par wagon complet intéresse plus particulièrement les industries chimiques, papetières et métallurgiques.

La pratique
Après la seconde guerre mondiale, le chemin de fer fut reconstruit à l’identique des années 30 afin de rétablir la mobilité au plus vite. En traction, on tenta rapidement de substituer la vapeur au diesel pour les manœuvres, à l’électricité pour les lignes principales. Mais on pouvait encore observer fin des années 50 des trains de desserte en traction vapeur, « glorieuse époque » diront les nostalgiques d’un autre temps. Rien ne vaut cet extrait d’un règlement de 1961 de la SNCB démontrant la logique d’époque du transport ferré. Extraits : « (…) Cette demande (ndlr de wagon) doit être introduite 48 heures à l'avance pour les expéditions de 1 à 4 wagons et 96 heures à l'avance pour des expéditions plus importantes (…) Pour y être placé à un endroit déterminé - rampe de chargement, quai surélevé, dépôt particulier en gare - une légère taxe est perçue ». Ce type de texte est à coup sûr banni des concepts commerciaux d’aujourd’hui, mais il démontre parfaitement qu’à l’époque on parlait bien du chemin de fer en tant « qu’usage d’un bien d’Etat », ce qui contraste complètement avec la logistique actuelle !

Tarifs d’Etat
Dans une autre revue, en 1963, à la question de la tarification au cas par cas, selon le client et la logique commerciale, le directeur  la SNCB Marchandise  - valable partout ailleurs - est très clair : « Non, la loi du 25 août 1891 (!!!) interdit formellement les contrats particuliers. Nous pouvons faire des tarifs spéciaux, mais ils doivent être publiés et être accessibles à tous les trafics qui peuvent réunir les conditions qui y sont prévues. Evidemment, ceci nous met en état d’infériorité sur le plan commercial vis-à-vis des transporteurs routiers, qui ne sont pas astreints à l’obligation de publier leurs tarifs. Pour la voie d’eau, le fret normal intérieur de même que les tarifs spéciaux sont également publiés. Pour rétablir l’égalité, l’obligation de publier les tarifs devrait soit s’appliquer à tous les transporteurs, soit être totalement supprimée » (sic). C’est bien la deuxième option qui fut prise vingt-cinq ans plus tard…

Le wagon isolé aujourd’hui
Rien de tel – une fois encore – que cette vérité énoncée en 1963 : « En trafic intérieur, nous ne devons pas lutter pour conserver des trafics dispersés ou occasionnels, mais pour obtenir des courants massifs » (Source : Le Rail, juillet 1963). Une prophétie qui se réalisa sous un angle double : d’une part par la transformation effective du trafic fret vers le train complet, dominant aujourd’hui ; d’autre part, par la chute drastique de la petite industrie locale chère aux écolos, et son remplacement dans des zonings industriels implantés aux abords immédiats des autoroutes. En clair, la société de consommation telle que nous la connaissons aujourd’hui, avec son « tout, tout de suite et à tout moment », a marginalisé une technique de transport désormais encadrée dans le déficit permanent. En France, 80 % des marchandises transportées par la route le sont dans un rayon de moins de 300 kilomètres. En Belgique, les distances y sont bien moindre et le trafic ferroviaire diffus est considéré comme rentable au-delà des 250 kilomètres, soit hors frontières du pays !

Questions sociétales
Le transport par wagon complet – dénommé TPWC – demande, on l’a vu en pratique, beaucoup de temps et de personnel. La technique exige du personnel doté d’une importante polyvalence et une grande flexibilité en ce qui concerne les heures de travail ou la combinaison de différentes fonctions. Dans tous les pays, il a été constaté que cela posait des problèmes avec le statut des cheminots. Cela a paru être une découverte pour tous, tant il est acquis depuis des lustres que le secteur transport de marchandises (camions-trains-marine marchande) ne peut se gérer comme le transport voyageur, à horaires, trains et jours fixes !

Rostock Seehafen, Allemagne (photo wolfro54)
Dans la hiérarchisation du chemin de fer, on ne mélange pas les pinceaux : le train de desserte est conduit par un conducteur et les wagons dételés/attelés par un « ateleur de wagons ». Deux personnes donc, avec une locomotive de 50 à 70 tonnes en diesel (CO2…), des manœuvres nombreuses chez le(s) client(s), du temps, et encore du temps. A cela s’ajoute la disponibilité des wagons : un client peut en souhaiter des types particuliers qu’il faut parfois aller chercher bien loin, ce qui renchérit encore le temps d’attente, de manœuvres, et donc de coûts ! Par rapport aux trains complets qui peuvent être « self-supporting », le contraste est saisissant et la différence se marque aussi dans les esprits politiques. Le wagon complet réuni ainsi deux problématiques sociétales : celle de l’emploi peu qualifié et celle liée à l’environnement .

Renoncement ?
Pour faire bonne figure face à ses engagement environnementaux, la Commission européenne elle-même s’est lancée dans une énième étude, alors que la SNCF – tout comme les autres d’ailleurs – ont largement réduit la voilure et fermés de nombreux triages. Plus symptomatique, c’est au royaume du rail que la déconfiture du wagon isolé prend toute sa quintessence. Début 2012, les CFF Cargo, disposant du monopole en trafic intérieur suisse, remettait en cause 155 des 500 lieux de desserte cargo pour le trafic marchandises par wagons complets, là où il y a moins de 1000 wagons par an, soit ce qui représentait à peine 6% du trafic intérieur annuel. Chez SNCB-Logistics, le diffus représente moins de 30% des trafics pour des recettes très faibles par rapport aux trains complets.

Cinq minutes de courage politique
En 2010 fut fondée l’alliance Xrail qui couvre la production du transport international par wagons isolés entre les sept entreprises de fret ferroviaire fondatrices, toutes publiques. L’option de l’Etat reste donc le fil rouge de cette alliance dont il est trop tôt pour en tirer les conclusions.

De manière générale les politiciens sont écartelés devant deux options : soit un subventionnement élevé pour peu de résultats, dont pourrait se plaindre la concurrence, les routiers et certains groupes politiques ; soit la prise en charge par des opérateurs fret de proximité, déjà présents un peu partout en Europe. Cette dernière option demande à coup sûr cinq minutes de courage politique à tous ceux qui sont « terrassé » par l’idéologie : l’OFP est soit un privé, soit un service public mais à condition de le vouloir, tant au niveau du matériel roulant dédié que des prestations du personnel.

Comme le monde ferroviaire a les yeux tournés outre Bâle, observons cette demande en 2012 de Francis Daetwyler (PS de Saint-Imier, Jura), à propos de la restructuration du trafic diffus CFF : « (le groupe PS demande que) le canton intervienne auprès de la Confédération afin de permettre que la desserte fine soit assurée par une autre entreprise que CFF Cargo quand cette dernière entreprise se retire. Il s’agit de desservir les points de chargement existants et de rechercher de nouveaux clients. Un opérateur de proximité a une souplesse de fonctionnement plus grande et peut proposer des solutions créatives ». Quand l’idéologie des Alpes diffère de celle des plaines d’Europe…

Dans les deux cas de figure, OFP ou subventionnement, c’est bien le transport qui s’adaptera à l’industrie et non l’inverse. Et là, on a quelques craintes lorsqu’on scrute les idéologies des uns et des autres…


A voir : une intéressante video de SBB Cargo concernant les manoeuvres de wagons complets